Les millions de vacanciers dans le monde qui se
prélassent sur les plages n'imaginent pas que sous leurs pieds le
sol respire sous l'effet des marées, montre une nouvelle étude
publiée dans la revue Geophysical Research Letters.
Le mouvement des marées provoque un changement de pression dans
le sol entraînant l'aspiration et l'expulsion d'air et d'humidité le
long de la côte, a découvert Jui Jiao, de l'université de Hong Kong,
en étudiant les zones côtières près de son établissement.
Alors que le changement du niveau de l'eau dans le sol lié aux
marées dans les régions côtières était connu, celui de la pression
de l'air n'était pas aussi bien établi, souligne-t-il.
Cette «respiration» du littoral est généralement imperceptible
pour les vacanciers. «Les gens ne peuvent sentir le processus que
dans des conditions très spéciales», précise Jui Jiao. «A Hong Kong,
des gens ont vu des bulles d'eau sortant des anfractuosités d'un
revêtement en asphalte et ont entendu le bruit de l'air passant au
travers.»
Mais cette observation a eu lieu dans des conditions
particulières avec un mouvement de marée rapide et de l'air et de
l'eau passant par un nombre limité de chemins dans le sous-sol.
«Dans des conditions normales, les gens ne peuvent généralement pas
détecter ce phénomène. C'est probablement la raison pour laquelle,
il n'a pas été étudié jusqu'à récemment», souligne le chercheur.
Selon le Pr Jui Jiao, la respiration se traduit par un échange
constant d'air et d'humidité. Les changements continus de pression
dans le sol pourraient avoir un effet sur les bâtiments, les
structures des aéroports et des ports et les routes côtières.
Puisque l'asphalte et les bâtiments peuvent bloquer ce flux
d'air, la respiration côtière pourrait exercer des pressions
répétées vers le haut et vers le bas sur ces structures.
«Il est bien connu que la résistance des matériaux soumis à des
conditions cycliques est sensiblement plus basse que pour une
pression (dans une seule direction)», souligne le Pr Jiao. «La
performance du béton et de l'asphalte sous une pression cyclique
provoquée par les marées (...) a besoin d'être évaluée.»
Douglas Inman, de l'Institution océanographique Scripps à La
Jolla (Californie), estime que l'étude «sera très importante pour
les ingénieurs des zones côtières travaillant dans des secteurs de
terres défrichées où il est important d'éviter de construire des
routes et des structures.»
Le Pr Inman, qui n'a pas participé à l'étude, estime que le
phénomène de respiration pourrait être plus répandu dans les zones
de littoral artificiel comme Hong Kong. «Il devrait y avoir beaucoup
moins de 'respiration' le long des zones côtières naturelles», sauf
dans certains cas, dit-il.
Jui Jiao souligne de son côté que le phénomène est plus faible
quand il pleut mais est valable pour toutes les zones côtières dans
le monde. Il a réalisé l'étude avec son collègue Hailong Li, de
l'université chinoise des sciences de la Terre à Wuhai.